Au lendemain de l’annonce par Donald Trump des nouveaux tarifs douaniers sur les importations américaines, les réactions des dirigeants politiques et du monde des affaires se multiplient, entre effarement et volonté de ne pas se laisser faire. En attendant la riposte de l’Union européenne (UE), le président Emmanuel Macron réunit aujourd’hui les acteurs des principales filières concernées.
Un coup de massue. C’est l’effet produit par l’annonce de la nouvelle politique commerciale américaine et des 20 % qui frapperont désormais les marchandises européennes, allant jusqu’à 25 % pour les voitures. « L’économie mondiale va souffrir massivement, a déclaré Ursula von der Leyen. L’incertitude va monter en flèche et déclencher la montée d’un nouveau protectionnisme. Les conséquences seront désastreuses pour des millions de personnes dans le monde. »
Bloomberg Economics estime dans une analyse préliminaire que ces mesures pourraient réduire de moitié les exportations de l’Union européenne (UE) vers les États-Unis, qui ont atteint 532 milliards d’euros (Md EUR) en 2024 (dont 47 Md EUR depuis la France) et table sur une baisse de 1 % du PIB de l’UE.
Des contre-mesures européennes mi- et fin avril
« En même temps, nous sommes prêts à réagir, a ajouté la présidente de la Commission européenne. Nous sommes déjà en train de finaliser un premier paquet de contre-mesures en réponse aux droits de douane sur l’acier. Et nous nous préparons maintenant à d’autres contre-mesures, pour protéger nos intérêts et nos entreprises si les négociations échouent. »
Sophie Primas, porte-parole du gouvernement et ancienne ministre déléguée au Commerce extérieur, a précisé sur les ondes de RTL que ce « premier paquet » de contre-mesures sera annoncé mi-avril et le second à la fin du mois.
Du côté des entreprises, la filière viticole a été la première à réagir. Dans un communiqué, la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (Fevs) dit « craindre un recul des exportations de l’ordre de 800 millions d’euros, ce chiffre passant à 1,6 milliard pour l’UE-27. » En 2024, la France a exporté pour quelque 2,4 milliards d’euros de vin et 1,5 milliard de spiritueux aux États-Unis, un marché incontournable pour les viticulteurs français.
« Un véritable sabotage des règles du commerce international »
« Dans la mesure où des droits de douane à 200 % avaient été annoncés avec fracas le 13 mars dernier, l’annonce d’hier soir d’appliquer des droits de douane à hauteur de 20 % a été accueillie avec désolation mais aussi un certain soulagement, la filière ayant l’impression d’avoir d’échappé au pire, tempère de son côté le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (Bivb). En effet, [..] l’impact sur les vins de Bourgogne pouvant avoisiner les 100 millions d’euros, elle ne provoquera pas un coup d’arrêt brutal comme cela aurait été le cas avec des taxes supérieures. »
Les « boissons » constituent un des piliers des exportations françaises aux États-Unis, aux côtés de l’aéronautique et de la pharmacie. Pour l’heure, ni le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas), ni l’organisation professionnelle des entreprises du médicament (Leem) n’ont réagi.
En revanche la Confédération des PME (CPME) a qualifié dans un communiqué « ce qui peut s’apparenter à une déclaration de guerre commerciale » de « véritable sabotage des règles du commerce mondial, avec un risque de récession au niveau mondial ». L’organisation patronale « appelle l’Union européenne à rester unie et à prendre les mesures qui s’imposent en termes de réciprocité d’accès au marché européen avec des réponses ciblées sur certains produits ou services américains ».
Ces premières réactions en appelleront certainement d’autres. En attendant, ces filières, ainsi que celle de l’automobile seront largement représentées (ci-après, la liste des participants) lors de la réunion convoquée aujourd’hui à 16 heures par Emmanuel Macron.
Sophie Creusillet
Branle-bas de combat à l’Elysée
Une délégation de représentants de chefs d’entreprise a rendez-vous aujourd’hui avec le président de la République pour évoquer la riposte. Selon des informations de l’Afp, sont conviés :
Pour l’aéronautique :
– Guillaume Faury, patron d’Airbus et président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas).Pour l’industrie et la chimie :
– la patronne d’Eramet Christel Bories,
– Frédéric Sanchez de groupe Fives,
– Alexandre Saubot de l’organisation professionnelle France Industrie,
– et le président de France Chimie Frédéric Gauchet.Pour l’agriculture et la viticulture :
– Dominique Chargé, président de La Coopération agricole,
– Jean-François Loiseau, président de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania),
– et Gabriel Picard de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (Fevs).Pour l’automobile :
– Luc Chatel, président la Plateforme automobile (PFA).Pour la pharmacie :
– Emmanuelle Valentin de Sanofi France.Organisations patronales :
– Patrick Martin du Medef,
– Patricia Barbizet de l’Association française des entreprises privées (Afep),
– Amir Reza-Tofighi de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME),
– et Frédéric Coirier du Mouvement des Entreprises de Taille Intermédiaire (METI).Sont également conviés le directeur des Galeries Lafayette Nicolas Houzé, le secrétaire général du numéro un mondial du luxe LVMH Marc-Antoine Jamet et le délégué général de la Fédération des entreprises de la beauté (Febea) Emmanuel Guichard.
S.C.