Alors que Bruxelles vient de reporter l’entrée en vigueur de sa riposte à la hausse des droits de douane américains sur les importations du Vieux continent, une étude de Standard Chartered évalue à entre à entre 0,5 % et 0,75 % la perte potentielle de PIB pour l’Union européenne (UE). Tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne : l’exposition de la France et de l’Espagne sont plus de deux fois moins importantes que celle de l’Allemagne ou des Pays-Bas.
Il y a à peine un an, les États-Unis devenaient le premier partenaire commercial de l’Allemagne devant la Chine qui l’était restée pendant 8 ans. En 2023, l’ex-Empire du milieu absorbait 10 % des exportations de la première économie d’Europe qui a enregistré la même année un excédent commercial record (63 milliards d’euros) avec un pays devenu aujourd’hui devenu sa bête noire.
La machine à exporter allemande, très axée sur l’industrie, est en effet particulièrement exposée à la nouvelle politique commerciale de Washington.
Alors que les livraisons américaines de biens européens représentent l’équivalent de 3 % du PIB global de l’UE, celles de l’Allemagne s’élèvent à 3,7 %, rappellent les analystes de Standard Chartered. Sur les Vingt-Sept, seuls les Pays-Bas sont plus dépendants (3,8 %) également en raison de l’ouverture de leur économie et du poids de l’industrie.
Principal secteur concerné Outre-Rhin, l’automobile connaît des sueurs froides et anticipe le pire. Et pour cause : elle exporte quasi un million de voitures par an aux États-Unis : 600 000 depuis l’Allemagne et 400 000 depuis le Mexique, selon le quotidien économique Handelsblatt.
1,6 % du PIB français concerné
A l’échelle de toute l’UE, le secteur automobile européen a réalisé en 2024 un quart de ses 154,7 milliards d’euros (Md EUR) de ventes à l’export aux États-Unis, enregistrant un excédent commercial de 81,5 Md EUR, selon le rapport annuel de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA).
Si, avec en moyenne 10 % de ses exportations totales, l’automobile constitue également un secteur important du commerce extérieur tricolore, la France figure parmi les pays les moins exposés au protectionnisme forcené de la nouvelle administration Trump. Ses exportations vers les États-Unis (45,2 Md EUR en 2023) représentent en effet la deuxième plus faible part de PIB national (1,6 %), derrière l’Espagne (1,4 %), soit bien en-deçà de la moyenne européenne.
La France exporte essentiellement des biens des secteurs de l’aéronautique, de l’industrie pharmaceutique et des boissons, mais le marché américain demeure crucial dans bon nombre d’autres secteurs (cosmétique et parfumerie, luxe, vins et spiritueux…).
Ces chiffres, rassurants pour l’économie française, n’en cachent pas moins un biais : ils ne prennent pas en compte les intrications des chaînes de valeur de secteurs aussi mondialisés que l’automobile ou la pharmacie.
Effets compensateurs
Pour le gommer, les auteurs de l’étude de la banque britannique ont considéré que la valeur ajoutée nationale dans les exportations brutes vers les États-Unis était d’environ 80 %.
Dans un scénario de droits de douane généralisés de 25 %, avec une baisse de 25 % des exportations, 2,4 % du PIB de l’Union européenne seraient menacés, ce qui se traduirait par une baisse de 0,6 % du PIB de la zone euro (entre 0,50 % à 0,75 %).
En cas de mise en place de droits de douane sectoriels, les conséquences seraient moindres, provoquant un recul de 0,3 % du PIB.
Ces calculs, comme le rappelle Standard Chartered sont en phase avec les études d’autres institutions : – 1% pour le Centre for European Reform, – 0,5 % pour l’Institut de Kiel.
Des négociations éviteraient le pire
Celà étant, l’option de négociations ciblées avec l’administration américaine pourrait permettre aux économies européennes d’éviter le pire, estime Standard Chartered. Elles incluraient en effet des concessions tarifaires ciblées, un alignement stratégique sur certaines politiques américaines et des engagements accrus en matière de défense et d’énergie.
Autre possible facteur d’atténuation des conséquences de ces hausses de droits de douane : les effets de change. Un euro plus faible pourrait absorber une partie de l’impact des taxes américaines sur les échanges commerciaux en rendant les exportations de services, épargnées jusqu’à présent par Washington, plus compétitives.
Quel que soit le scénario qui sera finalement mis en place, aucune économie européenne ne sera épargnée. L’ampleur des conséquences dépendra largement des négociations en cours entre Washington et Bruxelles.
Sophie Creusillet