Le président américain a dévoilé comme prévu mercredi 2 avril les nouveaux droits de douanes qui frapperont les importations américaines avec un taux plancher de 10 % pour le monde entier. Les marchandises en provenance de l’Union européenne (UE) seront taxées à 20 %, hors automobile. Face à l’inquiétude des exportateurs français, Emmanuel Macron doit réunir en urgence les représentants des filières concernées le 3 avril après-midi.
« J’appelle ça de la réciprocité, mais une réciprocité douce, gentille », a déclaré le Donald Trump lors de la présentation hier à Washington de la nouvelle politique commerciale des États-Unis, la qualifiant de « déclaration d’indépendance économique ». Alors que les observateurs anticipaient soit un taux de droit de douane unique, soit des taux réciproques, le président américain a finalement annoncé de nouvelles taxes mêlant les deux modes de calcul.
Ainsi toutes les marchandises arrivant sur le sol américain se verront imposer à taux plancher de droit de douane de 10 % et plafonné à 50 %, hors acier et aluminium, déjà taxés à hauteur de 25 % depuis le 12 mars, et hors véhicules automobiles pour lesquels le taux de 25 % s’applique depuis le 2 avril, a annoncé le Président Trump lors d’un discours d’une heure dans les jardins de la Maison Blanche, face à un public conquis. Pancarte en main, il a ensuite détaillé les taux qui seront imposés aux partenaires commerciaux des États-Unis, « équivalents à la moitié de ce qu’ils nous imposent ».
Des taux allant de 10 % à 50 %
Le calcul, qui n’a pas été clairement précisé par le Président, repose non seulement sur les droits de douane en vigueur dans les pays partenaires mais inclut également des barrières non douanières. Dans la nuit de mercredi 2 à jeudi 3 avril, le Bureau du représentant au commerce a néanmoins publié sur son site le détail de la formule mathématique utilisée, hermétique pour un néophyte.
Toujours est-il que l’UE, qui imposerait les marchandises américaines à hauteur de 39 % selon les calculs des autorités américaines, se voit attribuer, « après ristourne », un taux de 20 %. En attendant d’en savoir plus sur le mode de calcul de l’administration américaine, ce taux paraît surprenant et laisse supposer que celle-ci a bien intégré des règlementations fiscales européennes type TVA, comme le craignait Bruxelles.
« En ce qui concerne les droits de douane de l’UE sur les produits américains, la moyenne est très faible, autour de 1 %, avait récemment indiqué Maroš Šefčovič, commissaire européen au Commerce, à des parlementaires européens. Cependant, il est clair que les États-Unis prendront également en compte dans leurs calculs ce qu’ils considèrent comme des barrières non tarifaires, comme les taxes sur la valeur ajoutée ou les réglementations de l’UE ».
La Chine fait exception à ce modèle : les 34 % annoncés s’ajoutent en effet aux 20 % déjà en vigueur, portant le taux de droit de douane sur les produits chinois à 54 %. Ailleurs dans le monde le taux reste de 10 % pour le Royaume-Uni, mais il atteint 31 % pour la Suisse, 46 % pour le Vietnam, 32 % pour Taiwan, 26 % pour l’Inde, 24 % pour le Japon 30 % ou encore 30 % pour l’Afrique du Sud. Les pays asiatiques, Chine en tête et tous ceux qui bénéficient de la politique « Chine +1 » des investisseurs internationaux sont clairement dans le viseur de cette nouvelle politique commerciale.
Entrée en vigueur les 5 et 9 avril
Reste à connaître la date de l’entrée en vigueur de ces droits de douane. Alors que Donald Trump a annoncé dans son discours une prise d’effet « ce soir à minuit », un communiqué publié dans la nuit par la Maison Blanche a précisé qu’ils seraient mis en place à compter du 5 avril pour le taux unique de 10 % et le 9 avril pour les taux réciproques. Par ailleurs, « l’exemption douanière pour les petits colis valant moins de 800 dollars, qui a largement profité aux sites chinois comme Temu et Shein, sera quant à elle supprimée le 2 mai », selon Le Monde.
La présidente de l’Union européenne, en déplacement en Asie centrale, a immédiatement réagi à ces annonces dans un communiqué diffusé dans la soirée du 2 avril. « Le recours aux droits de douane comme alpha et oméga ne résoudra pas le problème, a notamment taclé Ursula Von der Leyen. C’est pourquoi, depuis le début, nous avons toujours été prêts à négocier avec les États-Unis, afin de supprimer les derniers obstacles au commerce transatlantique ». Et de promettre une riposte de Bruxelles : « Nous sommes prêts à réagir. Nous sommes déjà en train de finaliser un premier paquet de contre-mesures en réponse aux droits de douane sur l’acier. Et nous nous préparons maintenant à d’autres contre-mesures, pour protéger nos intérêts et nos entreprises si les négociations échouent ».
En France, ces annonces qualifiées de « catastrophe pour l’Europe » par le Premier ministre François Bayrou, ont conduit le président Emmanuel Macron à réunir en urgence, jeudi 3 avril à 16h, les représentants des filières les plus concernées.
Une riposte prévue fin avril
Dans la matinée, Sophie Primas, porte-parole du gouvernement (et ex-ministre déléguée au Commerce extérieur) a précisé sur les ondes de RTL les étapes de la réponse européenne.
« Une première riposte sera efficiente à la mi-avril, qui va correspondre à sa première attaque sur l’aluminium et l’acier, et un deuxième jeu de riposte sera prêt à la fin du mois d’avril, sur l’ensemble des produits et services, avec de nouveaux outils, a-t-elle expliqué. Le mécanisme et les produits qui seront considérés ne sont pas encore décidés, c’est une discussion entre membres des pays de l’Union européenne. […] Mais les services numériques qui ne sont pas taxés pourraient l’être. »
Du côté des entreprises, la filière du vin a déjà fait savoir son inquiétude. « La décision des États-Unis d’appliquer un droit de douane général de 20 % sur tous les produits importés de l’Union européenne entraînera des conséquences extrêmement lourdes pour le secteur des vins et spiritueux français et européens, estime dans un communiqué la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) […] En France on peut craindre un recul des exportations de l’ordre de 800 millions d’euros, ce chiffre passant à 1,6 milliard pour l’UE-27. »
Si des pans entiers de l’économie européenne sont concernés et risquent de connaître un trou d’air dans les mois à venir, celle des États-Unis risque également de flancher. Les mesures tarifaires actuellement en vigueur et annoncées par l’administration Trump pourraient faire baisser le PIB américain de 0,65 %, selon un rapport de la Tax Foundation. Ce dernier estime que les revenus des Américains après impôts pourraient baisser de 1,7 à 2,2 % et augmenteraient les coûts pour les consommateurs. Soit tout l’inverse des promesses électorales faite par le locataire de la Maison Blanche.
Sophie Creusillet