Le petit poucet tricolore de la téléphonie mobile Crosscall veut profiter de l’essor des communications critiques pour se développer à l’étranger via le BtoG (Business to Government), un secteur en plein essor. La marque française de téléphones portables compte par ailleurs relocaliser sa production en France.
Créer un portable résistant aux chocs, étanche et adapté aux environnements extrêmes qui séduira les amateurs de sensations fortes et de loisirs de plein air. Telle est l’ambition de Cyril Vidal lorsqu’il fonde Crosscall à Aix-en-Provence en 2009. Un an plus tard, l’entreprise signe un premier contrat avec Décathlon et, en 2012, elle lance son modèle Shark (« requin ») qui trouve rapidement son public avec ses lignes anguleuses et son étanchéité (ainsi que sa flottabilité).
Après avoir lancé son premier smartphone en 2013 et signé avec les principaux opérateurs français et des enseignes spécialisés dans le BTP, Crosscall entame son développement à l’international en 2015 en prenant pied en Belgique et en Suisse, deux marchés frontaliers et francophones. Aujourd’hui, la PME de 200 personnes est présente dans 10 pays européens grâce à une approche BtoC (Business to Consummer) mais réalise 60 % de son chiffre d’affaires global dans le BtoB (Business to Business), via de grandes enseignes de l’univers de l’outdoor et de la construction.
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Mais c’est sur un troisième secteur que l’entreprise mise pour développer ses activités à l’export, qui ne représentent que 10 % de son chiffre d’affaires de 134 millions d’euros en 2022. « Le BtoG est actuellement en pleine croissance, explique Nicolas Zibell qui a pris la direction de Crosscall en septembre dernier. Cet essor du Business to Government traduit la volonté des États de migrer vers des réseaux sécurisés et de passer de la voix à la data. »
La communication critique, tremplin vers l’international
Grâce à des applications et des accessoires dédiés, les forces de police peuvent par exemple scanner et vérifier l’authenticité de pièces d’identité. En outre, à l’instar du réseau français Radio du futur dont le déploiement est prévu en 2024, des pays développent actuellement des réseaux de télécommunications numériques spécialement dédiés aux services publics (pompiers, gendarmerie, urgences médicales…).
Les États-Unis, l’Espagne, le Royaume-Uni, la Finlande, l’Arabie saoudite ou encore la Corée ont déjà franchi le pas. Et sur ce marché où la solidité et le software sont primordiaux, la concurrence est rude, animée par de grands noms de la téléphonique mobile. « Ce sont des marchés peu nombreux mais très qualitatifs où nous nous différencions grâce à la qualité de notre service, la longévité de nos appareils et de notre gamme d’accessoires, estime le dirigeant, ancien responsable de la communication du fabricant de produits électroniques TCL en Chine. Il faut répondre à des appels d’offres très précis et ce sont des projets à long terme. Il faut être patient ».
Et discret. Aussi Nicolas Zibell ne cite aucun pays. Idem dans le BtoB : des contrats sont bien en cours de négociation, mais le dirigeant n’en dira pas plus. En revanche, la PME nourrit d’importantes ambitions à l’international qui représente pour l’instant une faible part de son activité. Elle vise en effet le doublement de son chiffre d’affaires dans les prochaines années dont la moitié à l’export.
Une relocalisation progressive de la production
Cette stratégie de conquête de nouveaux marchés dans les communications critiques s’accompagne d’une volonté de basculer progressivement la production de la Chine en France.
Comme dans tant d’autres secteurs, la pagaille dans les chaines d’approvisionnement provoquée par la pandémie de Covid-19 a conduit la direction de Crosscall a revoir l’organisation de sa production, sous-traitée en Chine. Pour Nicolas Zibell, « le plus difficile à gérer c’est le phénomène du stop and go alors que nous avons besoin d’un flux permanent ».
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En 2021, l’entreprise a commencé par rapatrier ses activités de R&D à Aix-en-Provence, désormais regroupées au sein de la société Crosscall Engineering. Deuxième étape de cette relocalisation : les tests des appareils. « En faisant appel à nos propres outils de mesure, nous sommes plus réactifs dans la prise en compte des contraintes d’utilisation de nos téléphones, qui ne sont évidemment pas les mêmes dans les pays du Golfe ou dans le Nord de l’Europe, par exemple », explique le dirigeant.
Mais le plus gros de cette relocalisation, à savoir l’assemblage des téléphones, est encore à venir. Ce processus, qui requiert une pleine maîtrise de la supply chain, devrait aboutir à la production d’appareils Made in Europe ou Made in France d’ici à la fin 2024, « mais ça pourra être plus tard » prévient Nicolas Zibell. Ce faisant, la PME aixoise deviendrait le premier fabricant français de smartphones.
Sophie Creusillet