Le Centre national pour la promotion des produits agricoles et alimentaires (CNPA) fédère depuis sa création en 1980 les grandes interprofessions agricoles et agroalimentaires. Il a notamment lancé un collectif autour de la promotion de l’export. Nous avons rencontré sur le Salon de l’agriculture son président, Yannick Fialip, également président de la Chambre d’agriculture de la Haute-Loire et éleveur de vaches et de brebis.
Le Moci. Un quart des propositions du collectif « Export et Souveraineté alimentaire » porte sur les procédures. Comment les alléger ?
Yannick Fialip. Le bon mot serait « faciliter ». Ce matin, par exemple, j’étais avec des producteurs de viande bovine, secteur dans lequel les procédures comme les autorisations sanitaires sont très lourdes et lentes. Ils se plaignent car la compétition est rude à l’export. Je discutais également avec des éleveurs marocains qui souhaitent travailler avec des Français pour leur savoir-faire dans la génétique, mais ils se demandaient s’ils n’allaient finalement pas se tourner vers les Australiens, en raison de ce type d’irritants. Si vous ne répondez pas à votre client dans la semaine, il ira se fournir ailleurs !
Il s’agit d’éviter de demander des autorisations nécessitant la validation de trois agences différentes : une pour la partie sanitaire, une pour les maladies et une pour le suivi administratif. Dans les céréales, l’interdiction du jour au lendemain par les autorités françaises de la fumigation à la phosphine des calles de bateaux a posé problème aux importateurs, qui se trouvent principalement sur le contient africain, par ce que cette procédure était dans leur cahier des charges. Notre volonté, ce n’est pas de supprimer des démarches administratives, car les garanties sanitaires sont un des points forts des produits français, mais de les simplifier et de les faciliter pour éviter de perdre des marchés.
Le Moci. Vous évoquez le Maroc, pays invité d’honneur cette année. Est-ce que ce type de démarche va dans le bon sens ?
Yannick Fialip. Tout à fait ! Les salons internationaux sont des temps forts et nous réfléchissons à les faire entrer au conseil d’administration du CNPA. Notre rôle c’est d’accompagner ces structures qui essaient de créer des liens économiques. Quant au Maroc, la demande est forte notamment dans l’élevage qui n’arrive plus à produire suffisamment à cause d’une énorme sécheresse il y trois ou quatre ans.
« Il s’agit d’éviter de demander des autorisations nécessitant la validation de trois agences différentes »
Le Moci. Les relations avec l’Algérie voisine sont, elles, plus tendues…
Yannick Fialip. Dans la récent bras de fer diplomatique entre la France et l’Algérie, qui importe notamment beaucoup de céréales, personne n’a fait attention aux questions agricoles, au fait qu’il y a des enjeux qui dépassent les querelles personnelles. C’est pour cela que notre collectif réclame la nomination d’un délégué interministériel qui puisse dire : « Attention, nous travaillons avec ces pays et ne plus avoir de relation avec eux, c’est quand même gênant ».
Le Moci. Vous évoquez la céréaliculture et l’élevage, y a-t-il des secteurs plus fragilisés que d’autres à l’international ?
Yannick Fialip. La viticulture. Les vins et spiritueux représentent une part importante des exportations de l’agroalimentaire, mais c’est un secteur qui rencontre des difficultés, potentiellement liées à des taxes comme on le voit aux États-Unis.
Nous avons le sentiment que l’agriculture est devenue une monnaie d’échange. Il faut absolument que les Européens cessent d’être naïfs, que nous arrêtions de penser que nous pouvons décider de ce qui est bon ou pas sur cette planète. Il existe un tas de pays qui ne demandent qu’à vivre un peu comme nous Européens, et qui expriment les mêmes besoins. Dans les céréales, on ne peut pas faire sans la Russie, qui reste le premier producteur mondial de céréales. Nous sommes encore capables de subvenir aux besoins de certains gros importateurs, mais le danger est de voir le blé russe inonder ces marchés. Dés le début de la guerre en Ukraine nous avons vu défiler des dirigeants africains à Moscou. C’est soit le blé russe, soit se déplacer avec toutes les conséquences migratoires que cela comporte.
Pendant trop longtemps, nous avons eu du mal à parler d’export dans l’agriculture et l’agroalimentaire alors qu’il est bénéfique : il permet à des populations de se nourrir, il créée des emplois et de la richesse. C’est le cœur de notre lobbying politique.
« La nomination d’un délégué interministériel est essentielle »
Le Moci. Comment se concrétise-t-il ?
Yannick Fialip. En ayant une puissance de feu suffisante. C’est d’ailleurs la première mission du CNPA : regrouper toutes les interprofessions pour pouvoir se mobiliser et régler un problème quand il y en a un. Nous avons besoin d’un chapeau commun et c’est pour cela que la nomination d’un délégué interministériel est essentielle. En outre, nous allons rencontrer un certain nombre de députés pour leur rappeler le rôle d’exportateur de la France dans l’agroalimentaire et leur dire que nous assumons pleinement d’exporter, alors qu’on a le sentiment qu’on n’en parle jamais. Et que l’agriculture et l’agroalimentaire sont un des piliers du commerce extérieur !
Le Moci. Les 18 demandes mises en avant par votre collectif évoquent également la promotion des produits français…
Yannick Fialip. Il n’est pas question de remettre en cause ce qui a été fait depuis des années avec Taste France. En revanche, sur les salons étrangers, par exemple, la multiplication d’appellations et d’indication géographiques peut ne pas être clair pour des Américains ou des Chinois. Finalement, elles perdent de leur sens. Sur le plan du marketing, nous avons tout intérêt à ne pas nous éparpiller et à chasser en meute. C’est exactement ce que font les Italiens, ici ou dans d’autres salons dans le monde, et avec succès.
Propos recueillis par Sophie Creusillet
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